Un même niveau, deux réalités : en 2024, l’écart de salaire pour un poste de niveau 9 peut dépasser 15 % d’un secteur à l’autre. Certaines conventions collectives promettent déjà une hausse automatique dès janvier 2025 ; d’autres la conditionnent à des objectifs ou la laissent à la discrétion d’entretiens annuels. Pour les métiers classés niveau 9, la progression se révèle souvent plus timide que celle des autres niveaux. En cause : un mécanisme de plafonnement rarement détaillé sur les grilles officielles.
L’application concrète de ces grilles varie fortement selon la région, le secteur et les accords maison. Résultat : aucune prévision uniforme ne tient la route sur le terrain.
Ce que prévoient les experts sur les augmentations de salaire en 2025
Du côté des spécialistes, la tendance se précise : le ralentissement de l’inflation freine les hausses de salaires prévues pour l’an prochain. Les cabinets de conseil interrogés s’accordent sur une même fourchette : en 2025, les augmentations moyennes devraient se situer entre 1,5 % et 3 %, bien loin des +5 % de 2023 ou des +4 % enregistrés en 2024 (source : LHH). Sophie de Heer (Mercer France) table sur 2,6 %, Cyrille Bellanger (Mercer France) sur un niveau proche. Laurent Blanchard (PageGroup) évoque 1,5 à 2 %, pendant que LHH, relayé par Dany El Jallad (Robert Half), avance 2,8 %. Si les chiffres varient, c’est surtout à cause des différences de secteurs et de la composition des panels étudiés.
Avec une inflation moins marquée en 2024, la pression pour des hausses collectives recule. Les entreprises, surveillant leurs marges, réduisent la voilure sur les augmentations générales. Aujourd’hui, c’est la valorisation individuelle qui domine. Robert Half et WTW observent ce virage : la négociation se focalise sur la performance et la fidélisation des profils clés.
Voici ce qui ressort des enquêtes récentes :
- Les hausses moyennes prévues pour 2025 : 2,6 % (Mercer), 2,8 % (LHH), 1,5 à 2 % (PageGroup)
- En 2023, l’augmentation moyenne était de 4,95 % ; en 2024, 4 %
- La performance individuelle devient l’axe central des augmentations
L’inflation ne dicte plus automatiquement les revalorisations. Pour les salariés au niveau 9, comme pour l’ensemble du marché, la progression du salaire brut moyen ralentit ; la négociation devient de plus en plus personnalisée.
Quels métiers et secteurs profiteront le plus des revalorisations ?
Le marché du travail avance en ordre dispersé. Les écarts entre secteurs se creusent, portés par les tensions sur certains métiers ou la transformation accélérée de pans entiers de l’économie. L’IT conserve la tête du peloton : les hausses dépassent parfois 10 % pour des profils spécialisés, et en cybersécurité, les progressions peuvent atteindre 12 %. Face à la pénurie de compétences, les entreprises sont prêtes à payer pour garder ou recruter ces talents.
En finance, la cadence ralentit après une poussée entre 2022 et 2023. Même tonalité dans la banque et l’assurance, où la prudence l’emporte. Pour les fonctions RH, la hausse a été de 6 % en 2024, mais le rythme devrait baisser en 2025.
Les nouveaux métiers du climat et de la RSE se démarquent : les progressions salariales y varient entre 8 % et 10 %, stimulées par les obligations réglementaires et l’engagement des entreprises dans la transition écologique. Côté juridique, la spécialisation RGPD reste convoitée : +8,8 % pour les juristes RGPD, +7 % pour les juristes généralistes sur l’année écoulée.
Pour mieux situer les évolutions selon les secteurs, voici les tendances observées :
- IT, cybersécurité : jusqu’à 12 %
- Climat/RSE : +8 à +10 %
- RH : +6 %
- Juriste RGPD : +8,8 %
- Juriste : +7 %
Les autres branches, hôtellerie-restauration, BTP, commerce, avancent plus lentement, avec des hausses qui peinent à franchir les 3 %. Ce sont l’expertise et la capacité d’adaptation qui font la différence, bien plus que l’ancienneté ou le niveau hiérarchique.
Comprendre la grille de salaire niveau 9 : fonctionnement et repères par métier
La grille de salaire niveau 9 fonctionne différemment selon le secteur. Dans le public, tout dépend de la valeur du point d’indice, bloquée à 4,92278 € en 2025. Prenons les infirmières : leur rémunération dépend du grade et de l’ancienneté, sans possibilité de négocier. Un grade 1 commence à 1 944,50 € brut par mois et termine à 3 337,64 € hors primes ; un grade 3 peut atteindre 3 785,62 €. Pourtant, la France reste à la 30e place sur 36 dans le classement OCDE des salaires infirmiers.
Dans le privé, c’est la convention collective qui fixe les règles. Chaque poste reçoit un coefficient : multipliez-le par la valeur du point pour connaître le minimum conventionnel. La marge de négociation existe, mais attention aux erreurs de classification. Des décisions récentes, à Rouen ou Nîmes, rappellent que les entreprises qui se trompent sur le coefficient risquent des rappels de salaires.
Le SMIC pose le seuil : 1 801,80 € brut mensuel depuis novembre 2024. Pour les métiers techniques, la convention Syntec change la donne : en 2025, le calcul coefficient × point disparaît au profit de grilles plus souples. Les primes (nuits, week-ends, soins critiques, Ségur) restent spécifiques au public et au secteur paramédical.
Voici comment se répartissent les systèmes :
- Public : une grille nationale, sans négociation possible
- Privé : convention collective, coefficient, marge de discussion
- Libéral : rémunération qui varie selon l’activité
Avant toute comparaison, il faut tenir compte de cette diversité : la grille du niveau 9 ne prend sens que replacée dans son contexte propre.
Préparer sa négociation en 2025 : conseils pratiques pour maximiser son salaire
Le Code du travail prévoit un rendez-vous annuel sur les salaires, mais la latitude offerte dépend désormais beaucoup plus de la performance individuelle que des mesures collectives. En 2025, les cabinets spécialisés (Mercer, LHH, PageGroup) s’accordent sur une hausse se situant entre 1,5 % et 3 %. Après les +4 % de 2024, le ralentissement s’explique par une inflation moins forte. Il s’agit de préparer ses arguments : l’ancienneté seule ne suffit plus. Les candidats à la négociation doivent s’appuyer sur des chiffres récents du secteur, mettre en avant l’évolution de leurs compétences, l’impact concret de leurs missions.
Pour structurer une négociation efficace, voici les axes à privilégier :
- Utilisez des références de salaires fiables : comparez votre poste et vos responsabilités avec les enquêtes de Mercer, PageGroup, Robert Half.
- Sachez valoriser vos résultats : objectifs atteints, projets menés, compétences rares ou nouvellement acquises.
- Élargissez la discussion : les avantages sociaux prennent une place croissante. Tickets restaurant, intéressement, prévoyance, télétravail : ces éléments pèsent de plus en plus dans la balance.
La directive européenne CSRD exige plus de clarté sur les politiques sociales et environnementales. Saisissez cette opportunité pour questionner l’entreprise sur ses engagements, ses pratiques salariales, l’égalité de traitement. Pensez aussi aux perspectives d’évolution : revalorisations automatiques, mobilité interne, formation professionnelle. Les secteurs sous tension (IT, climat/RSE) permettent parfois des marges plus larges, mais chaque poste a ses propres paramètres. Préparez, documentez, argumentez : la négociation ne se limite plus au seul montant affiché sur la fiche de paie.
Face à la diversité des situations, la maîtrise des chiffres et la clarté des arguments deviennent des armes incontournables. En 2025, c’est la préparation qui fera la différence entre stagnation et décollage salarial.


