En 2023, plus de 500 magasins de prêt-à-porter ont disparu du paysage commercial français. Le taux de défaillance dans ce secteur atteint désormais un niveau historique, dépassant celui observé lors de la crise financière de 2008.
Des enseignes nationales aux chaînes régionales, les procédures collectives se multiplient, impactant directement plusieurs milliers d’emplois. Derrière chaque fermeture, une chaîne d’approvisionnement fragilisée, des loyers commerciaux en hausse et une consommation en berne.
La crise du prêt-à-porter en France : comprendre l’ampleur du phénomène
Le secteur du prêt-à-porter français traverse une tempête sans précédent. Les redressements judiciaires s’enchaînent, les plans sociaux s’accumulent, et les rideaux baissés deviennent monnaie courante. L’Alliance du commerce évoque la disparition de 14 000 points de vente depuis 2013, soit 47 000 emplois partis en fumée. Ces chiffres colossaux révèlent une industrie ébranlée par une série de coups durs : inflation persistante, explosion des tarifs énergétiques, essoufflement de la demande et concurrence étrangère féroce.
Le raz-de-marée de la fast fashion, incarnée par Shein ou Temu, vient bouleverser la donne. Des piliers comme C&A, IKKS ou Pimkie voient leur modèle vaciller. C&A, par exemple, a supprimé 800 postes en quelques années, multiplié les plans sociaux, et poursuit sa politique de fermetures. Chez IKKS, les effets de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, combinés à une inflation persistante, durcissent le quotidien.
Autre mutation majeure : l’essor de la seconde main. Portée par des plateformes comme Vinted, la revente d’occasion pèse désormais 11 % des achats de mode début 2025, tandis que le commerce en ligne grimpe à 29,4 %. Sous la double pression du numérique et du changement d’habitudes, les enseignes historiques tentent de survivre en multipliant les mesures de sauvegarde.
Voici quelques exemples concrets de l’onde de choc qui traverse la filière :
- Redressement judiciaire : Jennyfer, Comptoir des Cotonniers, Princesse Tam Tam.
- Suppression de postes : des milliers d’emplois supprimés chez Camaïeu, Jennyfer, C&A.
- Fermetures massives : plus de 600 magasins Camaïeu liquidés en 2022.
Le tissu commercial de la mode se désagrège peu à peu. La crise ne fait que s’installer, face à une avalanche de défis : digitalisation accélérée, flambée des coûts, et comportements d’achat en mutation.
Quelles enseignes sont aujourd’hui les plus menacées de fermeture ?
La liste des enseignes menacées continue de s’allonger. Depuis vingt ans, le secteur n’avait pas connu pareille série noire. Procédures de redressement judiciaire et décisions de liquidation se multiplient, plongeant salariés et clients dans l’incertitude.
Pour mieux cerner l’ampleur du phénomène, voici les noms qui concentrent les inquiétudes actuelles :
- IKKS : placée en redressement judiciaire, la marque a déjà fermé 77 magasins et corners, lancé un plan de sauvegarde de l’emploi. À ce jour, plus de 1 000 postes restent en suspens.
- JOTT : la griffe marseillaise, elle aussi sous protection du tribunal, voit 183 emplois menacés.
- Jennyfer : la restructuration frappe fort : 190 boutiques fermées sur 220, 600 emplois supprimés.
- Comptoir des Cotonniers et Princesse Tam Tam : propriétés du groupe Fast Retailing France, ces deux enseignes sont en redressement judiciaire. Près de 90 points de vente sont en sursis, et Princesse Tam Tam, en 2022, a dû licencier 180 salariés.
Les grands distributeurs ne sont pas épargnés. C&A annonce la fermeture de 24 magasins et 57 corners, conséquence de la fin de ses collaborations avec Intermarché, Carrefour et Auchan. Casino et Intermarché, eux, doivent gérer des points de vente vieillissants, cherchent repreneurs, et multiplient les scénarios pour limiter la casse.
Le cas Camaïeu reste l’un des plus marquants : en 2022, la liquidation a rayé d’un trait plus de 600 boutiques, laissant sur le carreau 2 600 salariés. Malgré la résistance de certaines enseignes, la vague de fermetures ne faiblit pas.
Fermetures de magasins et pertes d’emplois : un impact social et économique majeur
La fermeture de magasins dans le prêt-à-porter est devenue une réalité quasi ordinaire. Les chiffres avancés par l’Alliance du commerce donnent le vertige : entre 2013 et 2024, la France a perdu 14 000 établissements et 47 000 emplois rien que dans la filière mode. Les plans sociaux se succèdent : Camaïeu, Jennyfer, IKKS, JOTT, Comptoir des Cotonniers, Princesse Tam Tam. L’effet domino frappe aussi les sous-traitants, les logisticiens et les centres-villes, qui perdent leur vitalité.
Dans le détail, le décompte des emplois supprimés s’alourdit : Camaïeu (2 600), Jennyfer (600), IKKS (202), Princesse Tam Tam (180). Les chaînes alimentaires sont elles aussi frappées. C&A, par exemple, a supprimé 800 postes ces dernières années et prévoit encore plus de 300 suppressions à venir. Chez Intermarché, la fermeture de 28 magasins pourrait pousser 700 salariés vers la sortie.
La dynamique locale s’en trouve bouleversée. Les centres-villes se vident, le commerce de proximité s’étiole, et la majorité féminine de la main-d’œuvre subit de plein fouet cette vague de restructurations. Les dispositifs de redressement judiciaire n’absorbent plus le choc. Pour beaucoup, la reconversion professionnelle s’apparente à un parcours d’obstacles.
Au-delà de l’économie, la fermeture d’un magasin envoie un signal de repli à toute une commune. Les solutions de reclassement s’amenuisent, les dispositifs d’aide s’essoufflent, et un sentiment d’abandon gagne du terrain. L’essor de la seconde main et la digitalisation rapide des usages bousculent durablement ce pilier de l’emploi non qualifié.
Quelles pistes pour soutenir le secteur et éviter de nouvelles disparitions ?
Face à l’ampleur du choc, le prêt-à-porter n’a pas encore dit son dernier mot. Plusieurs leviers existent pour freiner l’hémorragie. D’abord, il s’agit de cibler la restructuration des enseignes fragilisées. Effacement partiel de dettes, recherche de repreneurs, fermeture des points faibles : ces outils restent les piliers du sauvetage. Camaïeu a tenté une relance via Celio, Intermarché explore la reprise de magasins par Lidl, Carrefour, ou la Coopérative U.
L’accélération de la transformation numérique s’impose à toutes les marques. Selon le baromètre IFM, la vente en ligne pèse désormais presque 30 % du marché début 2025. Les enseignes doivent jouer la carte de l’omnicanal, optimiser leur logistique, repenser l’expérience client, tout en maintenant l’attractivité des points de vente physiques.
Autre levier de croissance : la seconde main, qui séduit 11 % des consommateurs de mode en France. Avec Vinted en tête, la concurrence se joue désormais aussi sur le terrain de la revente. Adapter l’offre, ouvrir des corners dédiés, s’associer à des plateformes spécialisées : la circularité peut offrir une nouvelle respiration au secteur.
Reste à réinventer les modèles économiques, pour mieux répondre à une consommation plus responsable et retrouver une rentabilité qui tienne la route. Le secteur est à l’aube d’une mue profonde. Entre résilience, audace et adaptation, l’avenir du prêt-à-porter se joue maintenant, chaque décision pesant sur le tissu économique et social du pays. Qui sait quels visages auront nos boutiques dans cinq ans ?


